Les files du bord de mer


Après un convoi humanitaire opéré par une organisation turque, suivi d’un navire irlandais un peu à  la traîne, je me demande si les humains vont continuer de faire plus de remous dans la Méditerranée qu’un naufrage fiscal grec. Si l’on considère les menaces – à  présent démenties – d’un premier ministre turc de venir briser le blocus maritime lui-même, j’ai bien peur que cette file d’attente ne continue de s’allonger, et l’on va finir par croire que les files du bord de mer au teint si clair ont l’âme hospitalière, ce qui finalement n’est pas fait pour me déplaire. Non, rassurez-vous, mon cher lectorat, je ne vais pas me mettre à  danser la java, j’en suis absolument incapable. Un peu comme certains marines israéliens, j’ai tendance à  faire des faux pas, à  l’énorme différence près que les miens ne pourront que vous faire mourir de rire.

En effet, la semaine dernière neuf militants turcs pro-palestinien ont pu mourir sans rire pendant que les cyniques d’Israël se tenaient les côtes. Pardon, mea culpa, je voulais dire : tenaient les côtes palestiniennes hors d’atteinte de ces militants ; j’ai parfois du mal avec la traduction littorale de certaines actions humaines. Ce n’est pas pour draguer le fond du sujet, mais moi-même j’ai rarement su faire preuve d’autant d’engagement dans mes abordages. ((Il y a beaucoup de débat au sujet de la légalité de cet abordage dans les eaux internationales. En très bref, on retrouve d’un côté, les partisans de l’illégalité de cette action qui invoquent une convention à  laquelle Israël n’est pas partie, de l’autre on parle de droit des conflits armés puisqu’Israël se considère en guerre … Ceci dit, hors de toute considération juridique, l’abordage du Mavi Marmara prouve que de toute façon Israël compte arraisonner tout navire ou convoi à  destination du littoral de Gaza que ce fusse ou non dans les eaux internationales. )) Peut-être que je devrais m’y mettre avec autant de conviction, mais j’ai peur de me voir accusé d’en faire trop.

D’ailleurs, la déferlante de condamnations qu’a essuyé Tel Aviv pour ce bain de sang est hélas méritée, parce que la mort est tristement irréversible. En revanche, je me demande si l’actualité comme le bon sens populaire ne voulaient pas foncer droit dans le mur plutôt que vers Gaza. La vérité objective concernant le déroulement de cet abordage est encore noyée dans le flot des convictions partisanes ; d’ailleurs je crains que même une analyse en profondeur ne parvienne jamais à  la faire émerger.

Lorsque le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence des Nations unies, John Holmes, parle d’une punition collective concernant la population de la bande de Gaza, on ne peut pas dire qu’il soit en tort. Le blocus terrestre, maritime et aérien y a considérablement fait plonger le niveau de vie.  (( Si l’on souhaite se faire une idée des conditions de vie gazouies, on peut consulter ce rapport en anglais du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies en Palestine datant d’août 2009. )) Israël, pour les raisons qui sont les siennes, en voulant empêcher le parti Hamas de mettre la tête hors de l’eau, a contraint ce dernier à  recourir aux profondeurs du sous-sol pour faire transiter de façon souterraine tout ce que les tenants de cette économie voudront bien lui procurer. De fait, le Hamas parvient sans doute, mais non sans difficulté et dans des quantités probablement réduites, à  obtenir ce qui lui fait défaut.

Certains s’interrogent au sujet des motivations du convoi organisé par les Turcs d’IHH, puisque l’association possède les liens qu’elle a. (( En effet, l’association turque IHH est accusée entre autres de posséder des liens avec le parti Hamas, banni, honni de la communauté internationale essentiellement pour ses attentats suicides, ses tirs de roquettes ainsi que sa fâcheuse tendance à  éliminer la concurrence politique. Néanmoins, ce parti a prouvé qu’il était capable de remporter une élection au grand dam de tous ceux qui croyaient que le peuple palestinien voterait forcément comme les occidentaux le désiraient. ))  Pourtant, je pense qu’il serait faux de nier cette volonté altruiste à  ceux qui ont participé de bonne foi à  cette opération. Je ne sais pas si beaucoup se sont amusés à  faire la comparaison, mais il me semble qu’un blocus a déjà  été brisé de façon assez similaire en septembre 2000 en Irak.  Reste à  voir si ce scénario-là  aura lieu puisqu’il semble que l’Union européenne planche sur une idée qui pourrait mener à  la levée de ce blocus.


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