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à” Pakistan n°2

Tonton Pervez, à  la retraite depuis une semaine doit bien rire en voyant ses deux potentiels successeurs se chamailler. Ce n’est pas pour jaboter, mais au rythme où les rapports entre ces deux-là  continuent de se détériorer, on pourrait bientôt reparler de l’ancien général comme meilleur candidat pour restaurer la situation des gradés1. Face à  la crise politique point d’union nationale entre la PML-N des Sharif, et le PPP de Zardari.2 C’est risible, mais puisqu’il faut rire aux dépends de l’homo electus, je me porte volontaire.

Oui, le PPP a dénoncé un accord conclu entre lui et la PML-N dans ce que l’on a considéré comme des déclarations pourtant sagement mûries.3 Confiant depuis la victoire de son parti en février, monsieur Zardari s’est déclaré candidat à  la présidence, tandis que la PML-N a proposé au même poste un ancien juge de la cour suprême4 . C’est sûr qu’il leur faut un homme de loi, dans la mesure où le 24 juin dernier, la haute cour de justice de Lahore a refusé à  Nawaz Sharif la possibilité de se présenter aux élections régionales partielles, rappelant au monde entier, même si ce n’est guère crié sur les toits de la presse française, que l’ancien Premier ministre est toujours aussi inéligible que lorsqu’il est rentré au Pakistan l’an passé. En effet cet homo electus demeure passible des peines assorties aux crimes dont il est accusé par le régime de son prédécesseur5 .

Évidemment, si le candidat préféré de Nawaz Sharif parvenait à  gagner la présidentielle, comptez sur cet honorable juge pour lever toutes les sanctions qui pèsent sur lui depuis l’ère Musharraf, ce qui lui permettra de redevenir Premier ministre. En revanche s’il perd, le PPP pourra monnayer son retour en politique contre des accords avec l’opposition.6 Ceci dit avec l’homme de l’oie on n’est jamais sûr de rien. Il peut très bien avancer de plusieurs cases sur son propre jeu, quitte à  dérouter ceux qui ont l’habitude de manœuvrer sur l’échiquier politique. Sur un coup de dés, ça pourrait très bien être le dé de la démocratisation, mais je fabule complètement et je crois qu’il vaut mieux tenir compte des manifestations des juges de Karachi qui prendront place le 28 août et le 4 septembre prochains, et qui je n’en doute pas donneront la température avant les élections présidentielles prévues le 6 septembre.

De son côté, la PML-Q jusqu’ici amie de Pervez Musharraf présentera Mushahid Hussain, son secrétaire général7 qui à  mon humble avis n’a que peu de chances de s’en tirer à  bon compte. À titre purement informatif et inutile, le président pakistanais a le pouvoir de dissoudre le gouvernement et de demander la tenue de nouvelles élections, il peut également changer de Premier ministre sans avoir à  se donner la peine de consulter ce dernier, une chose que messieurs Sharif et Zardari entendent limiter.

Pour mon éventuel lectorat pakistanais francophone qui serait intéressé par cette position très enviable, je rappelle que les conditions minimales requises pour tout Pakistanais désirant concourir à  la tête de son pays sont d’être au moins âgé de 45 ans, d’être musulman, de ne pas faire l’objet de condamnations à  la différence de personnalités politiques anciennement exilés citées plus haut, d’être proposé candidat par des élus, et pour cela vous avez jusqu’à  demain.

Le mode de scrutin est assez particulier puisque tous les élus des parlements de la nation votent mais toutes leurs voix ne se valent pas, c’est vous dire si certains se sentent plus égaux que d’autres.8 D’un naturel optimiste, j’espère que la situation au Pakistan s’éclaircisse. Non pas que je désire concurrencer les présentatrices météo, mais quel que soit le vainqueur il lui faudra tout de même apporter une certaine embellie au climat insurrectionnel latent au risque de s’attirer les foudres d’un homme des casernes qui lui proposera de déclarer l’État d’urgence et d’instaurer la loi martiale (à  moins que ce dernier ne préfère s’en charger à  sa place) sans parler du challenge qui consiste à  éviter de finir ses jours sous une pluie de projectiles comme la défunte candidate Benazir Bhutto.

  1. Ou restaurer la situation dégradée, c’est vous qui voyez. []
  2. La Pakistan Muslim League – Nawaz group, et le Pakistan Peoples Party. []
  3. La Murree declaration en l’occurrence, et pour cause, la Murree est une fameuse bière de Rawalpindi. Qui a dit que les musulmans ne buvaient pas de bière alcoolisée ? Sans doute pas les Pakistanais. Trêve de billevesées, la Murree declaration a bel et bien été approuvée dans l’État du Penjab et non pas en état d’ébriété comme j’aimerais vous le faire croire. C’est le non respect du point deux de cette déclaration par le PPP qui est dénoncé à  juste titre par Nawaz Sharif, sans pour autant que cela soit désintéressé de sa part. []
  4. Un certain Saeed uz Zaman Siddiqui, qui était juge à  la cour suprême quand le général Pervez Musharraf prit le pouvoir en 1999. Lorsque ce dernier lui demanda de prêter à  nouveau serment, il essuya un refus et fit démissionner ce juge que cinq de ses semblables imitèrent. []
  5. Accusé de détournement d’avion – sanctionné de la prison à  vie et d’une amende de 500 000 roupies – ainsi que de corruption qui est sanctionnée d’une peine de 14 ans de prison et d’une amende de 20 millions de roupies. Ces deux accusations datent toutes de 1999, l’année où tonton Pervez fit mouche et rafla tout le pouvoir. []
  6. A contrario, M. Zardari peut craindre que l’amnistie accordée soit révoquée si son adversaire l’emporte. Le PPP étant majoritaire actuellement, il a le droit de penser que cela durera jusqu’aux prochaines élections. Et comme sa bonne étoile lui sourit jusqu’en Suisse… Pourquoi pas ? []
  7. Un spécialiste des relations internationales officiant à  l’IPRI qui connût les joies de l’incarcération douteuse et infondée pendant une durée de 440 jours. []
  8. L’assemblée nationale et le sénat (342 votants +100 autres) votent ainsi que les quatre parlements régionaux, dont les résultats sont calculés de sorte que chaque région pèse le même poids qu’une autre – et ce en dépit des différences démographiques qui les séparent – au tarif de 65 voix chacune (4 x 65 = 260 voix au total au lieu des 728 habituelles). Si tout cela ressemble à  du charabia, la BBC a fait un joli dessin pour expliquer la précédente élection présidentielle de Pervez Musharraf.

    Pour ce qui est des rapports de force actuels, à  lui tout seul le favori PPP représente tous parlements confondus à  peu près 225 voix sur un maximum de 702, contre environ 130 à  135 pour chacune des ligues PML-N et PML-Q qui ne semblent pas pouvoir faire front commun.

    Sachant qu’il faut 351 voix + 1 pour obtenir la présidence, le ralliement du seul ANP au PPP lui rapporterait dans les 45 sièges et l’apport du MQM serait d’à  peu près 50 sièges. Il n’y aurait véritablement qu’une trentaine de voix à  aller chercher, un peu moins même si la JUI-F qui doit rendre sa décision aujourd’hui, accordait sa préférence au PPP aujourd’hui. []

5 Réponses pour à” Pakistan n°2

  1. Criticus

    Je reprends car mon commentaire précédent n’est pas passé : il faut donc être musulman pour être élu au Pakistan ? Même lorsque la France était à  99% catholique,ce n’était pas (légalement) requis.

    Enseignement du journalisme : le témoignage de Juan Asensio est le dernier billet publié par Criticus .

  2. Monsieur Pingouin

    Absolument mon cher Criticus, et âgé de plus de 45 ans c’est dire s’il faut faire preuve de maturité en ce bas monde.

  3. Thaïs

    cher Monsieur pingouin,
    Devrais-je comprendre que vous êtes une femme pour concurrencer les miss météo pakistanaises ?
    c’est peut-être un des rares postes occupés par des femmes… 🙂
    et puis après ces vacances je ne puis que m’étonner du label LHC que vous formulez, dois-je comprendre que vous êtes libertin ou humoriste ? le C revenant à  qui de droit.

    Sinon pour en revenir à  nos moutons, billet très intéressant !

  4. Criticus

    Pour satisfaire votre curiosité, Thaïs, les libertins sont les libertariens et leur chef de file, Lomig, l’humoriste étant Alcidé. Ce qui signifie que je ne suis ni libre ni drôle, Lomig ni drôle ni critique, et Alcidé ni libre ni critique. C’est toute la complémentarité de LHC.

    Enseignement du journalisme : le témoignage de Juan Asensio est le dernier billet publié par Criticus .

  5. Monsieur Pingouin

    Chère Thaïs,
    En dépit de ma modeste taille, je n’ose faire concurrence à  la gente féminine à  des postes aussi exposés que ceux de la télévision.

    D’ailleurs, ce n’est pas pour faire mon intéressant, mais il me semble que les femmes (ainsi que les non-musulmans) ont des sièges réservés à  l’assemblée nationale et dans les parlements régionaux. Elles en ont aussi au sénat, mais pas les non-musulmans à  qui l’on préfère les oulémas et les technocrates. :=)

    Merci en tout cas pour l’intérêt que vous portez à  ce billet, c’est une émission suffisamment rare pour être soulignée.

    Edit : Inutile de m’attarder sur ma définition du réseau LHC, je crois que Criticus vous a tout expliqué mieux que moi. 😉