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Goodbye, Poutine !


Voilà  comment titreront peut-être certains quotidiens, voire certains blogs lorsque l’heure du bilan de l’homme du Kremlin aura sonné. Le clin d’œil à  Wolfgang Becker est ici de mise, même si l’histoire est toute autre : il n’est pas question dans ce billet de faire croire à  autrui qu’il continue de vivre dans un grand empire soviétique, quoique …

Vladimir Vladimirovitch Poutine, a bien servi sa patrie : la maison mère de toutes les citoyennes et citoyens que compte la Russie. Qu’y-a-t-il de plus normal qu’un homme du cagibi qui s’évertue à  mettre au placard tout ce qui pourrait entraver le retour au calme dans la demeure ? Que croyez-vous, cher lectorat, la devise de ces hommes-là  est rigoureusement simple : Bon débarras. C’est vous dire s’ils s’encombrent de superflu pour mener à  bien leur mission de nettoyage.1

Cet homme du cagibi et – très brièvement – du frisbee (FSB) est, à  l’instar de mon humble personne, né sous le signe de la délation : c’est à  dire qu’il est natif de la balance. D’ailleurs je me permets d’insister sur ce point, puisque c’est une qualité pour un homme qui veut peser de tout son poids dans les affaires politiques, que de savoir prendre des mesures. Et pour bien faire les choses, selon l’horoscope chinois monsieur Poutine est un dragon ; de là  à  dire que ses dragonnades concernèrent plutôt les protestataires que les protestants, il n’y a qu’un pas, que j’éviterai de franchir. Pourquoi ? Parce que si Vladimir Poutine avait écrit une seule page de Crime et Châtiment dans l’histoire de l’Humanité, je crois que cela se saurait.

J’avoue que nôtre homme a eu la difficile tâche de succéder à  Boris Eltsine, qui avait tant prêté à  rire que la Russie s’est couverte de ridicule. Qu’à  cela ne tienne, le commandeur Poutine allait faire payer comptant ceux qui faisaient croire que la Rodina était fichue après la crise financière d’août 1998. La première chose qu’il fit, fut de montrer qu’il était un homme fort, à  l’image de son pays, du moins à  l’image qu’il entendait refléter de celui-ci. C’était mieux bien sûr que l’ancien président qui semblait tellement correspondre aux clichés de la Russie, vieillissant, malade et de moins en moins à  même de s’exprimer, pour ne pas dire qu’il était peut-être possible de douter de sa sobriété. Des clichés qui – hélas – valent encore aujourd’hui pour la population russe.

Vladimir Poutine fit donc office de jeune premier, ce qui n’est pas si faux puisqu’il fut Premier ministre avant d’être président. Certains pessimistes me feront remarquer que si Poutine avait été véritablement à  l’image de la Russie, il aurait sans doute eu les cheveux en bataille, parce que selon eux avec la question tchétchène l’épi n’a pas su être évité, mais comme notre homme s’en brosse, que dois-je en déduire ? Faut-il que je dépeigne d’une façon aussi rigoureuse ce modèle perpétuellement tiré à  quatre épingles, puisque l’on dit tout de même qu’il a la démarche d’un pingouin ?

Sur la question des apparences, Vladimir Poutine a réussi à  tromper son monde, ne serait-ce qu’avec les images où il pratique cet art martial japonais : le judo. Avec ces images il est montré comme un homme d’action, alors que le judo symbolise la voie de la souplesse, et consacre les techniques d’auto-défense. D’ailleurs, une des premières choses que l’on y apprend est de chuter. Cela peut s’avérer très pratique pour bien se réceptionner en cas d’opinion défavorable grandissante, mais Vladimir Poutine – contrairement à  d’autres – a-t-il jamais chuté dans les sondages ?

Et pourtant, le président russe s’est distingué par ses écarts de langage qui nous ont appris qu’à  l’ouverture de la chasse on pouvait aussi la tirer pour peu qu’il s’agisse de Tchétchènes.2 D’autres propos de notre sinistre sire s’étendirent à  la circoncision, et s’ils eurent l’avantage d’être si concis, j’avoue qu’ils n’en étaient pas moins inquiétants.

Inquiétant, c’est aussi un qualificatif qui sied à  cet homme d’action qui fut rapidement confronté à  une crise de puissance dès le début de son mandat. Ce n’est pas pour jaboter, mais si Poutine n’avait pas laissé couler l’affaire Kursk en maintenant ses vacances au moment des faits, il aurait évité qu’on lui reproche par la suite d’avoir peut-être empêché de sauver la vie de quelques sous-mariniers.

Par la suite, on a parlé d’un retour dans les affaires internationales et d’une politique étrangère agressive de la Russie, tandis que la marine russe renonçait à  entretenir ses ambitions et fermait ses camps de vacances de Lourdes à  Cuba et de Cam Ranh au Viêt-nam. L’armée russe, dont le nombre de soldats a été réduit par trois depuis le début du mandat Poutine3 , continue pourtant de se battre dans ce qui n’est plus une lutte contre l’indépendance de la Tchétchénie, mais bel et bien l’Itchkérie collective4 puisqu’elle s’est étendue à  ses frontières de l’Ossétie du Nord et de l’Ingouchie.

Il n’empêche que le futur ex-président actuel accepte tout de même de passer la main et de ne pas se représenter. C’est tout de même largement plus rapide que le lider maximo. Certes il cède la place à  celui que tous considèrent comme son dauphin, mais peut-être que la finesse de ses largesses à  son égard cache quelque chose. S’agirait-il de dents de requin ?

Différemment du rêve de l’oncle Sam, les Russes possèdent leur propre ambition à  savoir celle de retrouver leur grandeur passée, chose à  laquelle les gazo-pétro-roubles contribuent. Je devrais arrêter de croire qu’ils font l’idiot, qu’ils sont joueurs ou qu’un de leur seul talent consiste à  se plaindre afin de passer pour d’éternels marris. Je ne verserai pas de larme au départ de la présidence de monsieur Poutine, mais je serai ravi de découvrir les premiers pas de son successeur.

Enfin, pour celles et ceux qui auraient encore du mal à  retenir le nom de ce dernier, monsieur Dmitri Medvedev, c’est très simple : il suffit d’imiter les syndicalistes, les salariés et manifestants lorsqu’ils descendent dans la rue pour pester contre le patronat au son de «Medef ! Medef !». D’ici son entrée en fonction le 8 mai, je m’adresserai bien à  messire Poutine, en lui demandant : «Comment vous dire adieu ?» .

x.5

  1. Petite devinette : Savez-vous comment sont appelés les jeunes agents du cagibi ?
    . []
  2. Poute-poute, comme il serait possible de le surnommer affectueusement, a dit qu’il irait buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes. Je crois qu’il s’agit là  d’une erreur d’interprétation. Je pense humblement qu’il fallait comprendre qu’il se contenterait de mener la guerre depuis son cabinet, et que le tintamarre médiatique qui s’en est suivi a été orchestré contre sa glorieuse personne par de vilains activistes à  la solde de ceux qui supportent les séparatistes. []
  3. En raison de la volonté de moderniser cette structure. []
  4. L’Itchkérie est le nom donné à  la Tchétchénie par les Tchétchènes eux-mêmes. []
  5. À la demande d’un groupe de camarades que l’on tague impunément et de mon lectorat silencieux, cliquez sur le bouton pour dévoiler l’ensemble des jeux de mots contenus dans la chronique
    []

3 Réponses pour Goodbye, Poutine !

  1. Criticus

    Excellent titre, je n’y avais même pas pensé !

    Par contre, j’aurais pensé que tu ferais allusion à  Poutine en temps que spécialité culinaire, pour ne pas dire gastronomique : des frites, du cheddar non cuit et de la « sauce brune ». Très bon, très gras, très québécois. Allez, je suis injuste avec tes très bons jeux de mots – comme d’habitude – sur le cagibi, la circoncision, la chasse – et j’en oublie.

    Criticus’s last blog post..Astérix, l’irréductible village gaulois et le Québec

  2. Thibault

    Premier pas du successeur de Vladimir Poutine : une contestation de résolution de l’ONU contre l’Iran ce matin.

    Cela annonce la couleur !

  3. Monsieur Pingouin

    Cher Criticus,
    Merci :=)

    Cher Thibault,
    Après ce premier pas, nous verrons bien si Dmitri Medvedev laissera dans l’histoire les mêmes empreintes que Vladimir Poutine.

    Concernant le fait que le futur président russe émette des réserves, je crois que c’est parce qu’il est décrit comme une personne si terne, que l’on oublie qu’il a aussi le sens de l’humour. (Enfin il paraît)